Rédigé par Bouquiner.net et publié depuis
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Attention âmes sensibles s’abstenir. Voici un roman atypique où Brian Evenson met en scène une enquête au cœur d’une secte qui prend son pied justement quand elle se le coupe.
Dit comme ça, ça peut faire peur. Mais pas du tout, c’est un livre à la fois intriguant, inquiétant mais aussi drôle et décalé.
« La confrérie des mutilés » est l’histoire d’un détective, Kline, qui va se faire engager de force par une secte de personnes qui se mutilent par plaisir, pour enquêter sur un meurtre. Pourquoi
lui ? Et bien tout simplement parce qu’il est devenu un mythe pour cette confrérie depuis que, lors de sa dernière enquête, il a été obligé de se couper la main et de cautériser lui même la plaie
pour survivre. Là où ça se complique encore plus, c’est quand Kline se rend compte qu’il n’y a pas de cadavre et encore moins de mort….
Ce livre est un petit bijou que l’on peut difficilement classer dans une catégorie. Avec son style bien à lui, qui peut faire penser parfois à Kafka ou aux pièces de Beckett, Evenson fait
de son roman une sorte de thriller philosophique déjanté. On passe du dégoût au rire quand il nous détaille la hiérarchie au sein de la secte. En effet, c’est le degré de mutilation qui attribue
les grades de la confrérie. Ainsi les moins gradés sont les « Uns », c'est-à-dire ce qui n’ont qu’une seule amputation. Il ya aussi des affrontements théologiques : celui qui s’est coupé une main
peut-il être au même niveau que celui qui s’est coupé un doigt ? Les descriptions de certains mutilés sont vraiment brillantes
Outre des passages croustillants, le livre passe à un autre stade quand l’enquêteur, Kline devient victime. Il trouve de l’aide auprès d’une secte dissidente qui ne se coupe qu’une seule
main et voit en lui un messie.
L’auteur, à l’image de son livre, est atypique. Aujourd’hui écrivain, professeur de « creative writing », traducteur de textes français, grand connaisseur et amateur de black métal, Brian Evenson
est un ancien mormon.
Élevé dans une famille mormone depuis six générations, Brian Evenson est devenu prêtre mormon. Après la parution de son premier recueil de nouvelles, « Altmann’s Tongueil » il fut exclu par sa
communauté et victime d’un harcèlement continuel de la part des mormons. L’université de Bringham, où il enseignait, lui demande, sous la pression de l’église mormone, de renoncer à toute
publication future. Menacé d’excommunication, il dut quitter non seulement l’église et l’université, mais aussi rompre avec sa famille pour continuer à écrire.
Ce n’est donc pas anodin de voir abordé, à travers la mutilation, le thème de la négation de soi, qui est la base du christianisme, poussée à son paroxysme. Toute secte qui se revendique
d’obédience Chrétienne se base, en principe, sur un passage de la bible à partir duquel tout principe de vie doit se référer. On comprend donc mieux pourquoi Evenson met en exergue de son livre
deux versets (29 et 30) du chapitre cinq de L’Evangile selon Matthieu : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi… Et si ta main droite est pour
toi une occasion de chute, arrache-la et jette-la loin de toi… »
Bref un roman brillant.
La confrérie des mutilés Brian Evenson
Ed. du Cherche Midi - 17€ Acheter ce
livre